La bataille de Pont-Noyelles livrée les 23 et 24 décembre 1870
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Racontée par un soldat de Linselles (59), la bataille de Pont-Noyelles opposa, environ 40 000 soldats français de l’armée du Nord, commandés par le général Faidherbe, à près de 22 000 soldats prussiens.
La bataille de Pont-Noyelles, livrée les 23 et 24 décembre 1870, s’inscrit dans le contexte difficile de la guerre franco-prussienne. Après plusieurs défaites, la France tente de résister à l’avancée prussienne, notamment dans le nord du pays. L’armée du Nord, récemment réorganisée et confiée au général Faidherbe, reçoit pour mission de protéger Amiens et d’empêcher l’ennemi de poursuivre sa progression. Face à elle, les troupes prussiennes, expérimentées et bien équipées, occupent des positions solides autour du village de Pont-Noyelles, profitant du terrain vallonné et des conditions hivernales.
Un soldat raconte :
« Je me souviens encore du froid mordant de ces journées. Nous avions quitté Linselles avec la fatigue au corps, mais aussi une forme d’espoir. L’arrivée du général Faidherbe avait changé quelque chose en nous. On sentait qu’un chef nous guidait, un homme décidé à ne pas céder sans combattre.
Le matin du 23 décembre, nous avons pris position dans un paysage figé par l’hiver. La neige
recouvrait les champs, les routes étaient dures comme la pierre, et nos souffles formaient des nuages dans l’air glacé. Très vite, le silence a été brisé par le tonnerre de l’artillerie. Les Prussiens avaient l’avantage des hauteurs et leurs canons faisaient pleuvoir les obus sur nos lignes.
Lorsque l’ordre d’avancer a été donné, nous nous sommes élancés malgré la peur. Chaque pas était difficile sur le sol gelé. Les balles sifflaient, les éclats d’obus projetaient terre et neige autour de nous.
Je revois encore ces silhouettes tomber, frappées en pleine course. Pourtant, personne ne voulait reculer. Nous savions que nous devions tenir.
Les combats ont duré toute la journée. Par moments, nous gagnions du terrain, reprenant un village ou une position, puis les Prussiens contre-attaquaient avec vigueur. Le vacarme était incessant : fusils, canons, cris, ordres. Il devenait presque impossible de distinguer autre chose que la fumée et le chaos.
Le général Faidherbe passait parmi les troupes, visible malgré le danger. Sa présence nous
impressionnait. Il parlait aux officiers, encourageait les hommes, et cela suffisait parfois à redonner du courage à ceux qui vacillaient.
La nuit du 23 au 24 décembre fut terrible. Le froid s’intensifia encore, mordant nos mains et nos visages. Nous restions sur nos positions, grelottants, veillant dans l’obscurité, redoutant une attaque surprise. Beaucoup n’avaient presque rien mangé. Le sommeil était impossible.
Le lendemain, les combats reprirent avec la même violence. Chacun puisait dans ses dernières forces.
Nous étions épuisés, mais déterminés. Lentement, il devint clair qu’aucun camp ne prendrait
l’avantage décisif. Les lignes tenaient, au prix de lourdes pertes.
Lorsque le combat cessa enfin, un silence étrange s’installa sur le champ de bataille. Nous regardions autour de nous, mesurant ce que nous venions de vivre. Nous n’avions pas remporté de victoire éclatante, mais nous n’avions pas cédé non plus. L’ennemi n’avait pas avancé.
En cette veille de Noël, au milieu du froid et de la désolation, nous éprouvions un sentiment mêlé de tristesse et de fierté. Nous avions tenu bon. Et pour nous, simples soldats, cela comptait déjà comme une forme de victoire ».
Monument de la bataille du 23 décembre 1870. Colonne de dix mètres située à l’emplacement du quartier-général de Faidherbe. Monument réalisé par Edmond Duthoit architecte et inauguré le 4 mai 1873.
Source : Emile Dehayes de MARCERE : Tombes des militaires morts pendant la guerre de 70, ministère de l’intérieur, Paris - 1878
Photos : © Marc-Antoine Hardy. - Tous droits réservés



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